Voilà une petite nouvelle que j'ai écrite pour un cours l'année dernière. Ma première oeuvre et j'en suis fière !! Bonne lecture.
Ma femme est enceinte. Bon sang, je vais être papa ! Ça fait sept mois que j’attends un enfant. Je suis fier, mais j’ai peur.
Elle se regarde dans le miroir en tenant son gros ventre, ses mains posées dessus. C’est tout rond et tout gros. J’adore. Elle me dit : « Je suis grosse, je suis moche et je ressemble à une baleine. »
Moi, je ne l’ai jamais trouvé aussi belle. En plus, ses seins ont grossi et c’est encore mieux !
Elle a envie de manger du poulet. Il est 21h30. Je ne suis pas Superman ! Du poulet. Où est-ce que je vais en trouver ?
Ah ça y est, elle pleure maintenant !
- Mais non chérie, ne pleure pas. Je vais aller voir chez Ahmed s’il y en a encore.
Et me voilà parti pour aller trouver un poulet chez le petit Arabe du coin, en espérant qu’il soit ouvert.
Je dévale les escaliers. Non je remonte, j’ai oublié le porte-monnaie. Je redescends à toute vitesse. Je cours tel Carl Lewis, un jour de lenteur. (Quand même soyons modeste)
J’arrive chez Ahmed : « tu n’aurais pas un truc qui ressemble à du poulet ou du moins qui en a le goût ?
- Bah il mi reste que di bâtons di poulet. Dis-moi t’as l’air essoufflé ?
- Tu sais ce que c’est les envies d’une femme enceinte ?
- M’en parle pas, pour le cinquième elle a mangé que di bananes. Et qui c’est qui ramassait les peaux ? C’est Ahmed ! »
Je finis de payer et je remonte un peu moins vite (oui, je sais, mais le sport c’est mieux devant la télé). Et quand je franchis la porte, je trouve ma petite princesse endormie, le nounours du petit dans les bras et les larmes qui sèchent sur sa joue. Son ventre est quasiment dans le vide.
Je m’assois sur le canapé et pose sa tête sur mes genoux. Elle est belle ma future maman. Et le bébé, je suis sûr qu’il lui ressemblera, mais avec les yeux de son père.
Mais on n’en est pas encore là. Il faut d’abord préparer la chambre de môssieur. Et qui est-ce qui doit se coltiner le papier peint ? Qui va devoir monter les meubles ? C’est Bibi. Grand bricoleur comme je suis, le kit n’a plus de secret pour moi. Le pire, c’est quand une voix raisonne derrière : « ce serait bien si tu le mettais dans ce coin là. Ou non, mets-le au milieu à coté du miroir. » Là, à ce moment précis, je sens mes nerfs qui se tendent. On voit que ce n’est pas elle qui fait les allers-retours dans la pièce avec le meuble et qui a passé une heure à déchiffrer un schéma que seul celui qui l’a constitué peut le comprendre.
Un jour, j’ai fait la bêtise de lui en faire la remarque. Que n’avais-je pas dit !
« C’est de ta faute si je suis une baleine ! Et en plus, c’est moi qui en pâtis! Alors porter un meuble et les monter ça ne va pas te tuer. Ca va te prendre quelques heures tout au plus. Moi ça va prendre neuf mois ! Alors arrête de te plaindre ! » Et toc. Elle avait encore le dernier mot et Conchitta faisait ce qu’on lui demandait.
Et puis, quand il sera né, il y’en aura que pour lui. Il faudra se lever toutes les nuits pour lui donner à manger. Et moi, quand j’aurais envie d’un câlin, je me ferais envoyer de l’autre côté du lit. Mais à lui, on lui cédera tout. Ce sera le nouveau ! Je vois déjà le tableau :
-Dis-moi ma petite chérie, tu me fais ta superbe tarte-tatin avec du sucre dessus ?
- Non, une prochaine fois, j’ai fait de la mousse au chocolat pour le petit.
Ou encore :
- Pierre, tu peux t’occuper du petit ? Je vais en course avec Maman cet après-midi.
Bah voyons, Et en plus la belle-mère s’en mêle ! Même avec elle ça va changer, je suis sûre qu’elle va plus me ramener mes petits chocolats au caramel. Elle va apporter soit des jouets ou des gâteaux pour le gosse.
Il va me prendre mon statut de chouchou. Je le sens. Il n’est même pas encore là, qu’il prend déjà une bonne place. Et le père ? Il devient quoi, lui ? Il est aussi de moi, je vous ferais dire ! Moi aussi, j’aurais supporté de le porter pendant neuf mois. Bien sûr. Et puis d’abord, il va m’entendre, parce que c’est un peu à cause de lui que je dois aller courir chercher je ne sais quoi à manger pour sa mère. Si j’entends qu’elle ressemble à un pachyderme, c’est de sa faute à lui ! Mais, t’inquiète pas, mon petit père, t’auras intérêt d’avancer la monnaie pour le fitness club. Moi, c’est bon, j’ai eu mon sort.
Je vais être son père et il va avoir une éducation digne de bonne famille. Son père ?
Mais, je n’ai même pas fini mon adolescence ! Je vais devoir partager ma console de jeux ? Ah, non pas avant qu’il ait fini ses devoirs. Et moi pendant ce temps –là, je m’entraînerai et à atteindre le niveau trois !!
Et dire que je m’amuse encore à faire des grimaces derrière le dos de sa maman quand elle me tape sur les nerfs parce que je ne vais pas assez vite pour passer l’aspirateur. Je vais maintenant devoir montrer l’exemple et dire avec toute l’autorité que j’ai en moi « fais pas ci, fais pas ça … ».
Au fond, tout cela, je m’en moque. Je vais être papa et il n’y a rien de plus beau pour faire de moi un homme.
Le 21 avril 2001 sera à marquer pour toujours. Mon petit Maxence est né et il est beau comme son père. J’avoue que maintenant, je peux faire le malin. Je vous raconte :
Dans la nuit du 20 au 21 avril, Hélène me réveille en me disant qu’elle ne se sent pas bien, que le bébé va arriver qu’il faut y aller maintenant et qu’elle a commencé à perdre les eaux (et pas les os comme je l’ai cru pendant longtemps !)
Moi, complètement endormi, je lui dis de ne pas s’inquiéter, que le bébé a seulement bougé. Ça n’a pas dû plaire ! Personnellement, à quatre heures du matin, je suis très égoïste et ne pense qu’à mon sommeil.
Manque de chance, elle me secoue encore plus. Je me précipite soudain hors du lit, parce qu’elle est toute blanche et je n’ai vraiment pas envie qu’elle accouche là dans la chambre. Alors, on se précipite dans la voiture et hop on file jusqu’à la maternité. A mi-chemin, elle me dit :
- T’as pris la valise ?
- Quelle valise ?
- Bah la valise, avec mes affaires dedans ?
- M…. la valise.
Je freine brusquement et fais demi-tour pour aller la chercher. Elle me traite de tous les noms, mais moi, je n’ai qu’un but : attraper la valise, arriver sans encombre à la clinique et respirer un bon coup.
C’est reparti. Pendant ce temps-là, elle fait le petit chien et me jette des regards d’affolement en me disant en même temps « dépêche-toi ». C’est bon madame arrive à bon port. Le docteur arrive et va la consulter. Retour à la maison, ce n’est pas encore le moment. Les premières contractions ne sont pas forcément les dernières. Hélène fait un peu la tête et moi je suis dégoûté qu’on m’ait coupé mon sommeil pour pas grand-chose. En plus, je ne vais pas arriver à me redormir. Elle essaie de se justifier : « Le docteur a dit que c’était normal parce que les contractions semblaient très rapprochées et que pour le premier enfant ça peut mettre au moins quinze heures ». Oui, bah moi en 15 heures, j’aurais eu le temps de faire un bon dodo.
Le lendemain, toujours dans la nuit, (vers 2 heures du matin, quand tu dors le plus profondément) elle me secoue une fois de plus et me dit que là c’est de plus en plus rapproché et qu’elle n’est vraiment pas bien.
Nous refaisons donc le même chemin que la veille sans avoir oublié la valise (on ne la pas enlevé de la voiture d’ailleurs). La secrétaire à l’accueil prend tout son temps pour prévenir quelqu’un. Un docteur vient pour ausculter la future maman et écouter le cœur du bébé pour savoir si tout va bien puis revient pour me dire qu’ils la gardent, ça risque d’arriver dans la journée. On emmène ma petite femme en salle de travail. Je ne sais pas ce que je dois faire : si je dois attendre ou repartir. J’attends un peu au près d’elle et je repars au bout de 3 heures. Je conduis jusque chez Denis pour me faire payer un café. Le sommeil ne vient pas, je suis trop nerveux.
Je repars à la clinique vers midi. Ma femme en est toujours au même point. Le col s’est un peu ouvert mais il n’y a rien d’alarmant. Je vais chercher un sandwich, je vais fumer une cigarette, je ne sais plus ce que je dois faire ni où je vais parce que je me suis perdu dans les couloirs. Ma journée se résumera en allers-retours clinique maison. Je reviens vers 17 heures. Une infirmière vient me voir et me demande si je souhaite assister à l’accouchement. C’est le moment que je redoutais le plus. Jusqu’à maintenant, je ne savais pas si je voulais y être de peur que je m’évanouisse en plein milieu. Je la suis sans réfléchir.
Me voilà habillé de leur blouse verte comme dans la série Urgences. Je ne sais pas trop ce que je fais. Je regarde l’infirmière faire une piqûre dans le dos de ma femme, qui doit atténuer la douleur. Et je tremble, je sue (je perds aussi les eaux) et je suis au bord du malaise, je ne vois plus rien. Tout est étrange autour de moi. J’entends « poussez, arrêtez, reprenez, ça y est je vois la tête. » Oh mon Dieu ! Tout est plein de sang mais c’est fini. Le médecin me demande de couper le cordon. Je suis au bord de l’évanouissement, je voudrais pleurer comme un gosse et rire à la fois. Je fais ce qu’on me demande et je regarde mon Hélène avec le petit sur son ventre. Elle a les cheveux trempés, mais elle sourit parce qu’elle est maman.
« T’as bien travaillé ma chérie. On est parents, tu te rends compte ?! »
Je lui dépose un doux baiser sur le front et je regarde mon petit bonhomme.
Il est là. C’est moi qui l’ai fait, je suis père. C’est petit. C’est le plus beau moment de notre vie et ça valait la peine d’avoir attendu neuf mois pour voir un être exceptionnel venir au monde. Le petit est emporté dans une couveuse. Je sors de la salle et je cours dehors pour pleurer. Je me suis retenu mais là c’est trop fort. Me voilà Papa !!
Mr et Madame Portier ont l’honneur de vous annoncer
L’arrivée de Maxence
Né le 22 avril 2001
Il pèse 3kg250 et mesure 51 cm
A nous les couches et les biberons !!
Vos Bafouilles