Je suis une tablette de chocolat. J’ai une belle robe mauve et dessus il est dessiné une vache. On est une quinzaine dans cette rangée du rayon. A côté de nous, se trouve les Poulains et les Lindt. Depuis quelques jours que je suis là, j’ai remarqué qu’elles partaient avec des personnes assez âgées. Moi je suis la dernière de la rangée alors je ne sais pas sur qui je vais tomber. Notre rangée se vide lentement. Nous, tablettes de chocolat, on est fabriquée que pour une seule vie et cette vie, on ne sait pas combien de temps elle va durer. On ignore si on va aller jusqu’à notre date de péremption ou dans le ventre d’un humain.
Notre destin n’est pas bien défini, tout dépend de l’humain. On ne sait rien de notre finalité.
Je suis née dans un endroit très froid. En fait, on naît en se durcissant. Ca fait très mal quand on apparaît. Notre corps est tout engourdi par le frais.
On m’a déplacé dans le rayon. Je suis la deuxième de la rangée maintenant. D’autres tablettes nous ont rejoint pour cette route vers l’inconnu.
Quelque chose me frôle, c’est long, rosé, je suis pincée. Aïe !! Ah non, je quitte ma rangée, on me soulève ! Je ne sens plus la barre de rayon sous moi ! J’atterris sur quelque chose de plat et rouge. Il y a quelque chose d’orange à coté de moi. Il est grand. Je suis sur le dos et un sachet de boules vertes m’écrase. J’étouffe. Il n’y a pas que ces boules d’ailleurs, ce n’est pas possible !!!
La chose, dans laquelle je me trouve, se balance drôlement, je ne me sens pas bien. Je vais fondre, j’ai chaud. Ah, ça y est on me repince pour me mettre sur une chose noir qui avance et une autre pince m’attrape et à ce moment-là j’entend un bip. Et hop, on me pince à nouveau et on me fourre dans quelque chose de transparent où j’étouffe à nouveau entre pleins d’autres choses. Et ça y est, ça recommence à se balancer. J’ai mal au cœur. Et ça dure longtemps ce balancement. Je regrette déjà ma rangée et mes copines.
L’humain nous met dans une boite noire. Là, c’est encore pire. Je ne sais pas comment je vais finir, ni où. Ce n’était pas cette idée de la vie d’une tablette que je m’étais faites. Je ne pensais pas que le parcours précédent ma mort allait être si dur. Je veux retourner dans ma rangée !!! Il y faisait frais, et au moins j’étais avec mes semblables. Là, je ne connais personne. Il y a le grand orange qui n’arrête pas de râler. Il dit qu’il a sa pulpe dans les talons. Je ne comprends rien.
Ah, de l’air ! Et ça recommence, mon contenant est soulevé et est posé plus tard sur quelque chose de plat mais dur.
Au fur à mesure, la même pince qui m’a prise dans le rayon attrape les objets qui sont avec moi et les emporte au loin. Vient mon tour. Je commence à m’habituer à ce pincement.
Mais moi je reste au même endroit. La pince se multiplie en plusieurs branches. Elle me déshabille, mon papier d’aluminium est tout froissé et je reste nue sur le dos, mes carrés à la vue de la lumière. J’ai peur. Mon emballage me tenait à température, je ne vais quand même pas finir ma vie en fondant.
Aïe !!! On m’a arraché une barre entière !!! Cette pince est sans pitié. Je regarde ma barre s’engouffrer dans une grande cavité rose bordée de choses blanches tranchantes. Je commence à trembler, et cela de plus en plus fort. Mes barres me quittent au fur et à mesure et pas par les mêmes pinces. Je crois que c’est la fin. Telle est la dure vie d’une tablette de chocolat alors ? Toutes, nous finissons en proie à cette pince qui nous casse et nous mange.
Une tablette de chocolat a une vie bien tragique. Mais rappelons-nous que cet aliment soigne les chagrins d’amour, comble les excès de gourmandise, devient objet de raffinement pour le café. Mais maintenant que vous savez l’ignorance qu’elle a de son destin, parlez-lui avant de l’engloutir sans ménagement…..
Vos Bafouilles